Rapport Taddei-Pascal : ce que les directions de la communication de l’ESR doivent en retenir

Un rapport attendu, un constat sans surprise

Sept mois de travail. Une centaine d’entretiens. Une vingtaine de pays observés. Plus de 30 000 réponses à un questionnaire diffusé dans toute la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche. Le rapport de François Taddei, fondateur du Learning Planet Institute, et de Frédéric Pascal, directeur de l’institut DataIA de l’université Paris-Saclay, ne pèche pas par manque de matière.

Son constat central tient pourtant en une phrase : dans les établissements d’enseignement supérieur, les usages de l’IA générative « se développent, de manière hétérogène et majoritairement, au niveau individuel ». Autrement dit : tout le monde s’en sert, personne ne pilote.

Pour les DirCom de l’ESR, cette phrase n’est pas une découverte. C’est la description exacte de ce qui se passe dans leur propre service.

Le shadow usage dans les services communication ESR

Demandez à un directeur de la communication d’une université, d’une école d’ingénieurs ou d’une grande agence ESR si ses équipes utilisent l’IA générative. La réponse honnête est presque toujours la même : oui, mais sans cadre, sans charte, sans traçabilité.

Les chargés de communication interne reformulent des notes avec ChatGPT. Les community managers génèrent des visuels avec Midjourney sur leur compte personnel. Les rédacteurs web s’appuient sur Claude ou Le Chat pour structurer leurs textes. Les graphistes testent des outils génératifs sur des maquettes destinées au print. Et tout cela se fait dans la zone grise — ce que l’on appelle communément le shadow usage de l’IA.

Le rapport Taddei-Pascal le formule autrement, en posant l’enjeu à l’échelle de l’établissement : « l’enjeu est de passer de l’individu et des expérimentations ponctuelles à une posture collective partagée au niveau national ». Pour un DirCom, cela se traduit en une question simple : qui décide, dans mon service, de ce qui peut et de ce qui ne peut pas être fait avec l’IA ?

Trois recommandations du rapport qui concernent directement les DirCom de l’ESR

Sur les 26 recommandations du rapport, trois en particulier dessinent une feuille de route pour les directions de la communication. Aucune ne les cite. Toutes les concernent.

1. Le « grand plan de sensibilisation et d’accompagnement à l’IA des personnels »

Le rapport recommande de « financer un grand plan de sensibilisation et d’accompagnement à l’IA des personnels (administratifs, enseignants-chercheurs, équipes de gouvernance) des établissements d’enseignement supérieur ».

Les services communication sont des services administratifs au sens du rapport. Mais ce sont aussi des services qui produisent du contenu qui engage l’image et la réputation de l’établissement, qui gèrent les prises de parole institutionnelles, qui pilotent la communication scientifique, qui répondent aux crises médiatiques. Un agent qui hallucine dans une note interne pose un problème de productivité. Un communiqué de presse qui hallucine pose un problème institutionnel.

L’acculturation des équipes communication n’est donc pas une option dans la mise en œuvre des recommandations Taddei-Pascal. C’est une priorité opérationnelle.

2. La création d’un cadre de gouvernance d’établissement

Le rapport insiste sur la nécessité d’une « politique d’établissement, qui s’inscrive dans une politique nationale qui garantisse le respect des enjeux éthiques et de souveraineté ».

Cette politique d’établissement passe, en pratique, par l’adoption d’une charte d’usage de l’IA. L’université d’Orléans a ouvert la voie en octobre 2024 avec la première charte des usages de l’IA dans l’ESR. Sciences Po Aix, Nantes Université, l’université de Montpellier, l’université de Lorraine ont suivi avec leurs propres dispositifs.

Pour un service communication, cette charte doit répondre à des questions précises : peut-on utiliser un visuel généré par IA dans un support institutionnel ? Faut-il le mentionner ? Quels outils sont autorisés sur les postes professionnels ? Quelle est la chaîne de validation pour un contenu produit avec l’aide d’une IA ? Quelle traçabilité conserver pour répondre à une demande de transparence ?

Ces questions sont rarement traitées dans les chartes existantes, qui se concentrent souvent sur la pédagogie et la recherche. Les DirCom doivent porter leur propre déclinaison opérationnelle.

3. Le développement de l’IA souveraine

Le rapport recommande de « développer des data centers dédiés à l’inférence souveraine de modèles d’IA » et d’« encourager, organiser et financer la création de communs ».

Cette orientation a déjà commencé à se concrétiser. En juin 2025, lors du salon VivaTech, l’Agence de mutualisation des universités et établissements (Amue) a signé un partenariat d’innovation avec Mistral AI pour développer un agent conversationnel intelligent destiné aux étudiants, enseignants et personnels administratifs. À la rentrée 2025, environ 3 000 utilisateurs issus de 21 établissements pilotes ont commencé à expérimenter cette solution, avec un objectif de déploiement dans 180 établissements à terme.

Pour les DirCom, cette dynamique change la donne. Les arbitrages outillage ne se font plus uniquement entre solutions américaines (OpenAI, Anthropic, Google) et inaction. Il existe désormais une voie souveraine, documentée, soutenue institutionnellement. L’argument « on attend que ce soit mature » ne tient plus.

Ce que le rapport ne dit pas, et que les DirCom doivent dire

Le rapport Taddei-Pascal est solide sur la formation, la structuration, la souveraineté. Il l’est beaucoup moins sur un point qui devrait pourtant alerter les services communication : la place de l’IA générative dans la production des contenus officiels d’un établissement.

Un communiqué de presse rédigé avec l’aide d’une IA, est-il un communiqué de presse comme un autre ?

Une déclaration de président d’université issue d’un brainstorming avec un modèle de langage, est-elle une déclaration politique comme une autre ?

Une infographie de campagne de marque générée par IA, peut-elle être signée du logo de l’établissement sans précaution particulière ?

Ces questions ne relèvent pas du rapport Taddei-Pascal. Elles relèvent du métier de DirCom. Et elles appellent des réponses précises, écrites, partagées avec la présidence et le cabinet — pas des bricolages individuels.

Le coût, le calendrier, et la fenêtre d’action

Le financement des 26 recommandations du rapport est estimé entre 300 et 500 millions d’euros pour les cinq premières années. À ce jour, le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, n’a pas formellement arbitré sur les pistes retenues. Mais le mouvement est lancé : la DGESIP s’est dotée d’une mission IA dès juin 2025, portée par Caroline Ollivier-Yaniv ; le cycle national IA Sup organise ses webinaires de gouvernance ; la fédération ILaaS (Inference LLM as a service) rassemble déjà Lille, Reims, Paris 1, Rennes et CentraleSupélec.

Pour un DirCom d’établissement ESR, cela signifie une chose simple : la fenêtre pendant laquelle on pouvait attendre est en train de se fermer. Les établissements qui auront structuré leur politique IA — y compris dans leur direction de la communication — d’ici la fin 2026 prendront une avance considérable. Les autres subiront un cadre qui sera décidé sans eux.

Trois actions à engager maintenant dans votre direction de la communication

Pour traduire le rapport Taddei-Pascal en pratique dans un service communication d’établissement ESR :

→ Cartographier les usages existants. Sans jugement, sans formalisme excessif. Identifier qui, dans l’équipe, utilise quoi, pour quoi faire, avec quels outils. Cette photographie est le préalable à toute décision.

→ Définir une doctrine de service. Pas une charte d’établissement complète — c’est le travail de la présidence et du DGS. Mais une note de cadrage interne à la direction de la communication, qui pose ce qui est attendu, ce qui est autorisé, ce qui passe par un circuit de validation. Court. Opérationnel. Révisable.

→ Acculturer l’équipe. Le rapport Taddei-Pascal le dit clairement : la formation est la condition de toutes les autres recommandations. Pour un service communication ESR, cela passe par une montée en compétence sur les usages métier (rédaction, visuel, veille, relations presse, communication de crise) et sur les outils souverains désormais disponibles.


Ce que nous proposons chez Althéia Conseil

Althéia Conseil accompagne les directions de la communication de l’enseignement supérieur et de la recherche dans leur structuration face à l’IA générative. Ancien directeur de la communication et chef de cabinet du HCÉRES, je connais les contraintes spécifiques de l’ESR : équilibre politique entre présidence et tutelle, sensibilité réputationnelle des établissements, exigence de fiabilité scientifique, dialogue stratégique avec les conseils.

Nos interventions auprès des DirCom de l’ESR couvrent :

→ L’acculturation des équipes communication à l’IA générative — usages concrets métier par métier, limites, éthique, fiabilisation de l’information

→ L’élaboration d’une doctrine de service sur l’IA, articulée avec la charte d’établissement existante ou en cours d’élaboration

→ Le choix de solutions souveraines, en partenariat avec Polaria, intégrateur français de Mistral AI, hébergé chez OVHcloud, référencé UGAP et Resah

→ La sécurisation des prises de parole institutionnelles face aux risques liés à l’IA : deepfakes, désinformation, hallucinations dans la communication scientifique

Si vous êtes en train de structurer la place de l’IA dans votre direction de la communication, échangeons. Le calendrier d’échange est accessible ici.


Sources et références

  • Rapport Taddei-Pascal, « IA et enseignement supérieur : formation, structuration et appropriation par la société », remis le 10 juillet 2025 aux ministres Élisabeth Borne et Philippe Baptiste. Texte intégral sur enseignementsup-recherche.gouv.fr
  • Annonce officielle de la remise du rapport : Ministère de l’Éducation nationale
  • Charte des usages de l’IA de l’université d’Orléans, adoptée en octobre 2024
  • Partenariat Amue–Mistral AI, signé à VivaTech en juin 2025
  • Cycle IA Sup de la DGESIP, séance gouvernance du 4 février 2026

Article publié le 18 mai 2026 par Alexandre Arlin, fondateur d’Althéia Conseil, ancien Directeur de la communication et Chef de cabinet du HCÉRES.

Couverture du rapport Taddei-Pascal sur l’IA et l’ESR

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