Une Europe forte en recherche, en retrait dans la course économique
L’Union européenne publiait en 2025 le Generative AI Outlook Report du Joint Research Centre (Commission européenne), un document de référence sur les mutations profondes liées à l’intelligence artificielle générative (IAG).
Le constat est aussi stimulant qu’inquiétant : l’Europe produit l’une des recherches les plus dynamiques au monde, mais elle reste faiblement présente dans la concrétisation économique de l’IA générative.
Sur le plan scientifique, le continent peut se féliciter : l’Union européenne représente 7 % des acteurs mondiaux de l’IAG, avec une croissance annuelle moyenne de la recherche de 32 % depuis 2019. Elle occupe la deuxième place mondiale pour les publications académiques, juste derrière la Chine, et devant les États-Unis.
Mais la dynamique s’inverse dès qu’il s’agit de transformer la connaissance en valeur économique. Sur les brevets, la Chine concentre 80 % des dépôts mondiaux, les États-Unis 7 %, tandis que l’Europe plafonne à 2 %.
En matière d’investissement, l’écart est tout aussi vertigineux : les start-ups américaines captent dix fois plus de capital-risque que leurs homologues européennes, et les supercalculateurs européens ne représentent qu’un quart de la puissance américaine et chinoise cumulée.
Autrement dit, l’Europe pense l’IA, mais d’autres la fabriquent et la vendent.
Deux fragilités structurelles : le financement et la maîtrise de la donnée
Cette dissociation entre excellence scientifique et faiblesse économique révèle un double enjeu : le financement et la maîtrise de la donnée.
Sur le premier point, le rapport du JRC appelle à des investissements massifs et ciblés. Les initiatives européennes – AI Act, programme GenAI4EU (700 M€), AI Factories, Digital Europe Programme – constituent un socle, mais restent insuffisantes face à la puissance financière des GAFAM ou des acteurs chinois comme Baidu ou DeepSeek.
L’Europe doit accélérer le soutien à ses pépites technologiques, renforcer ses hubs d’innovation et favoriser des modèles ouverts, transparents et interopérables, afin de ne pas dépendre d’infrastructures ou de solutions étrangères.
La bataille de la donnée, enjeu décisif de souveraineté
Le second enjeu, plus structurel encore, concerne la politique européenne de la donnée.
L’intelligence artificielle générative se nourrit de volumes colossaux de données textuelles, visuelles ou sonores. Or, comme le souligne le rapport, le paysage européen reste fragmenté et hétérogène, rendant difficile la constitution de modèles performants.
Pire : la multiplication de contenus produits par l’IAG elle-même engendre un risque de “pollution des données”. Entraîner un modèle sur des données artificielles le rend progressivement incapable d’identifier des événements rares ou complexes — ce que les chercheurs appellent désormais le model collapse.
Sans un effort collectif pour garantir la qualité, la traçabilité et l’origine des données, l’Europe courra le risque d’un appauvrissement cognitif de ses propres modèles.
Face à ces défis, le JRC plaide pour une approche structurée autour des Common European Data Spaces, combinant souveraineté, gouvernance et interopérabilité.
C’est une condition essentielle pour que les données européennes, issues des collectivités, des entreprises et des institutions publiques, deviennent un levier d’innovation, et non un simple gisement exploité par d’autres.
Miser sur les compétences humaines pour ne pas subir l’IA
Mais aucune infrastructure, fût-elle la plus puissante, ne remplace la compétence humaine. L’avenir de l’IA générative en Europe dépendra autant des serveurs que des cerveaux. C’est pourquoi la formation des décideurs, des élus et des agents publics est aujourd’hui un impératif stratégique.
Comprendre les modèles, évaluer les risques, choisir les bons usages : voilà ce qui permettra à nos territoires de choisir l’IA plutôt que de la subir. Chez Althéia Conseil et Polaria, nous en sommes convaincus : la souveraineté numérique commence par la connaissance.
Former, acculturer, accompagner — pour que l’Europe reste un espace d’innovation libre, responsable et humain.
Alexandre Arlin, Président fondateur d’Althéia Conseil


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